SONATE EN FOU MINEUR

roman, Guy Saint-Jean éditeur, Montréal, 2009, 339 p.

« J’ignorais encore que critiquer un psychiatre était l’un des signes les plus clair
de maladie mentale, selon certains psychiatres du moins… »

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Dans un endroit pervers et insensé,

un asile psychiatrique à sécurité maximum, dirigé par un médecin prétentieux,

une rencontre:

deux personnes dont la vie est bloquée par un problème.

Tristan, un jeune homme enfermé là par erreur,

et Pascal, un compositeur de musique brillant et inconnu, qui travaille comme gardien, et qui n’arrive plus à composer.

Sonate en fou mineur raconte comment Tristan et Pascal deviennent amis et comment ils s’entraident. À cause de Pascal, un fléau apparait dans leur vie, un fléau dont ils n’arrivent pas à se débarrasser malgré les efforts de Pascal. Ce fléau finira par leur procurer ce dont ils ont besoin pour résoudre leurs problèmes.

Voici un roman où les récits s’emboîtent et qui mêle l’humour et le drame, un livre qui tient à la fois du roman populaire et du roman littéraire.

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Ce roman a été finaliste au prix de la relève Archambault 2010. Lisez ces extraits:

Je voulais composer une sonate.

* * *

Ils cherchent des gardiens ?
– Je sais pas. Mais c’est pas tout le monde qui est capable de ça. Travailler à l’institut, c’est dur pour les nerfs.

* * *

Pendant un instant, je me trouvai prisonnier d’un tout petit espace, comme dans une porte tournante qui se serait coincée.
La porte devant moi semblait assez épaisse pour résister à un bazooka. Lentement, elle s’ouvrit, et je pénétrai dans l’asile.

* * *

– Mais inquiétez-vous pas, dit l’homme en pressant le numéro quatre. Ça fait au moins dix mois qu’on n’a pas eu un accident sérieux.
– Un mort?
– Non, mais il a été pas mal magané. Ils lui ont mis des plaques d’acier dans le crâne. C’était un gardien, comme vous voulez être.

* * *

T’as pogné le jack pot, me dit Kiên. L’aile J, les schizophrènes dangereux. La pire section de l’hôpital. On n’est pas supposés mettre de nouveaux gardiens là. Laisse-les jamais sortir de leur chambre.
– Parce que je vais avoir les clefs?
– Oui, mais le règlement dit de ne jamais ouvrir avant que la sécurité soit arrivée, même s’ils sont en train de se suicider. Neuf fois sur dix, ils font semblant.
– Et la dixième?
– Dommage pour lui si la sécurité arrive pas vite.

* * *

Mais comment entendre leurs appels au secours sans les micros? Dans leur boîte de métal, ils étaient aussi isolés que des chenilles dans un pot. Disposaient-ils d’une sonnette? Kiên n’avait pas mentionné cela et je supposai que non.

* * *

« Où est-ce qu’il l’a mise, ta poupée ? »
Il recommença à pleurnicher. « Il l’a cachée dans la salle de jeu! J’ai peur. Je veux maman! Maman! Maman! »
J’eus une idée. « Voudrais-tu que je te raconte une histoire pour t’endormir? »
La figure chauve et ridée me regarda. C’était impossible qu’il se croie âgé de sept ans, et pourtant son visage était mouillé par les larmes.
« Non! Je veux ma poupée! »

* * *

« Moi, je m’appelle Tristan. » Il paraissait avoir seize ans, était chétif et petit, et portait le même pyjama orange que les autres. Derrière lui, je vis une chambre décorée avec des reproductions de tableau, et je me sentis revenir à la raison.

* * *

– Je suis normal, vous savez.
– Quoi?
– Je ne devrais pas être enfermé ici, je suis normal. C’est une erreur épouvantable de me garder à l’institut.

* * *

« Vous êtes compositeur de musique? Vous allez en composer ici? »
Il manifestait le même ravissement que lorsqu’il m’avait demandé si je connaissais l’art.

* * *

« Le jour où ils décideront que je ne suis pas malade, je pourrai sortir. Une signature sur un papier et mon statut changera,
les portes s’ouvriront et je pourrai partir d’ici. » Il s’émerveillait lui-même de la beauté de son histoire.

* * *

Il était tellement doux, tellement sensible. Pourquoi devait-il être interné? De nouveau, je lui posai la fameuse question :
« Si tu me racontais ce que tu as fait pour être ici? »

* * *

J’aurais pu dire « un ange », il n’aurait pas été plus ému. Philipson l’abruti était oublié. Il était revenu se coller à la vitre et me regardait de ses yeux agrandis. Bien sûr, les filles l’obsédaient, l’amour était ce qui lui manquait le plus.
« Qu’est-ce qu’elle faisait là? »

* * *

Est-ce que j’aurais dû cesser de lui parler d’Agathe? Plus il en devenait obsédé, plus il était agressif et plus l’asile lui semblait invivable. L’apparition de cette fille n’avait provoqué que des malheurs.

* * *

– Trinquons à ton extraordinaire premier mouvement, dit-elle.
– Extraordinaire ?
– Oui, extraordinaire. Rien de ce qui a été composé depuis trente ans n’égale cela. Et je connais la musique!

* * *

Elle se leva en vacillant. « La musique contemporaine n’est pas si populaire, comme tu le disais, mais le monde entier se passionnera pour la tienne. Ils ne pourront pas faire autrement! Tu es en train de découvrir quelque chose et tous les musiciens de la terre en bénéficieront. Maintenant, passons au dessert. Et sers-moi du champagne! »

* * *

Le lendemain, j’avais une espèce de doute. Le travail s’avéra plus ardu avec les heures qui passaient, et je réalisai vers le milieu de la journée que je ne savais plus comment continuer. J’étais bloqué.