TROUVER SES RACINES

ou

LES BIENFAITS D’UN SÉJOUR ÉPROUVANT

 

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Comment devenir un écrivain avec quelque chose à dire?

Je suis né à Montréal et j’ai décidé d’écrire à l’adolescence. J’ai étudié en lettres, j’ai noirci beaucoup de feuilles et rempli de nombreux écrans, mais je suis demeuré au niveau d’un amateur. Malgré mes efforts, je ne parvenais pas à m’élever. Je ne réussissais pas à reproduire en phrases et en histoires notre expérience de francophone d’Amérique du Nord.

À cause d’une rencontre, je me suis installé dans un pays inconnu, dont je ne parlais pas la langue. Ça a été douloureux. J’étais en immersion totale : jeté dans l’océan sans savoir nager. Je ne comprenais rien à la mentalité des gens, fermés avec moi et parfois hostiles. Mon amie avait un nouveau travail qui prenait toute son attention. Je ne connaissais personne et j’ai passé un an sans parler français.

Je tuais le temps en écrivant et j’étais plus mauvais que jamais.

J’ai réussi à m’intégrer en devenant comme eux. Maîtriser leur langue (un an d’efforts), me faire des amis, me trouver un emploi. J’ai étudié l’histoire nationale pour en comprendre les habitants. J’ai célébré leurs fêtes, vu leurs films, partagé leur nourriture, vécu leurs traditions. J’ai changé. Vivre à l’étranger m’a transformé.

Parlant leur langue, j’ai pu lire leurs écrivains dans le texte, ainsi qu’un merveilleux livre sur l’écriture : Författarskolan, que tous les écrivains de là-bas ont lu.

De retour au Québec, j’ai continué à écrire. À cause de tout ce qui m’avait manqué et parce que j’avais vécu de manière différente, je nous voyais avec de nouveaux yeux. Et soudain, je me suis amélioré. Comme une fourmi qui monte un escalier, je suis grimpé à l’étage du haut. J’avais compris comment traduire en histoires ce que le Québec a de particulier, et surtout, comment l’écrire. Vivre ailleurs (je raconte mon parcours en détails ici), expérimenter la solitude, me couper de ma langue et de ma culture, m’a fait comprendre qui nous sommes et m’a transformé comme écrivain.

Couper ses racines permet de les faire grandir.”

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L’éloignement mène à la proximité.”

Le particulier mène à l’universel.”

Il faut se perdre pour se trouver.”

Passer par la douleur permet de vraiment comprendre le plaisir.”

C’est en se noyant dans une autre culture qu’on trouve la sienne.”