SANS CARTE DANS LE LABYRINTHE…

 

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C’était désespérant. Je voulais écrire des romans, mais je ne produisais que des déchets.

Je suis né à Montréal. À l’adolescence, parce que j’étais maladivement timide et que j’adorais lire, j’ai décidé de devenir écrivain. J’ai étudié en lettres et j’ai noirci beaucoup de papier, mais je suis demeuré au niveau d’un amateur. Malgré mes efforts, je ne réussissais pas à faire coïncider ma vie avec les livres que j’aimais.

Et je travaillais fort. J’essayais et j’essayais…

À cause d’une rencontre amoureuse, je me suis installé en Suède. Ça ne s’est pas passé comme prévu. La Suède ne ressemble pas à ce qu’on s’imagine ici et je ne comprenais rien à la mentalité des gens. Beaucoup étaient hostiles avec moi.

Le Québec s’est mis à me manquer et la Suède à m’exaspérer. En même temps, j’ai fait des efforts gigantesques pour m’intégrer, en commençant pas apprendre la langue et l’histoire du pays.

J’ai détesté ce pays et pourtant je l’ai aimé. Je me suis fait des amis, j’ai trouvé un emploi. J’ai célébré leurs fêtes, vu leurs films, partagé leur nourriture, vécu leurs traditions.

J’ai passé des années sans parler français. J’ai changé. Vivre à l’étranger m’a transformé.

Parlant leur langue, j’ai pu lire leurs écrivains dans le texte, ainsi qu’un merveilleux livre d’enseignements sur l’écriture : Författarskolan, que tous les écrivains de là-bas ont lu. Ce n’est pas pour rien que les Suédois sont bons en romans policiers. Leurs écrivains sont beaucoup plus techniques que nous. Écrire un roman est aussi technique que jouer de la guitare, mais au Québec on a tendance à s’imaginer que le talent suffit.

De retour au Québec cinq ans plus tard, j’ai continué à écrire. J’étais presque aussi mauvais qu’avant.

À cause de ce qui m’avait manqué et parce que j’avais vécu de manière différente, je nous voyais avec de nouveaux yeux.

Sans raison, les choses se sont mises en place. Mes romans ont gagné en force et j’ai commencé à contrôler mon écriture. À pouvoir déraper de manière planifiée.

Mes romans sont devenus prenants.

Mon thème principal: l’étrange et le merveilleux nous entourent mais nous devons ouvrir les yeux pour les voir. La plupart des gens vivent comme des automates et ne voient que la grisaille. Avec mes histoires, je veux montrer cet aspect des choses.

Mes romans partent d’une situation ordinaire qui devient de plus en plus surprenante. Mon nouveau roman, L’homme qui ne pouvait pas dormir, commence avec un professeur à la vie banale qui souffre d’insomnie inexplicable. Et tout dérape.

La beauté est dans le regard, dit-on. La richesse de la vie aussi.

Je pense souvent à un commentaire de mon professeur de français de secondaire IV, M. Pinçon: un bon écrivain doit sortir ses mots et ses histoires de lui-même. Comme si on se coupait une veine et écrivait avec son sang. Un Québécois doit écrire des romans québécois, un Canadien-Anglais des romans qui baignent dans le Canada-Anglais et un Américain des romans américains. Et pourtant, beaucoup d’écrivain copient les étrangers en espérant avoir du succès.

Un écrivain doit avoir du talent, avoir vécu, aimer la vie, et doit maîtriser les techniques de son art. Sans cette maîtrise, ses romans vont s’effondrer. Excellents pendant quelques pages, médiocres ensuite. Avouez qu’on en lit souvent des comme ça.

Le plus important est la vérité, la sincérité des mots, l’authenticité. Le plaisir est essentiel. Oui, un bon roman est un voyage qui mène à des sommets, mais ce voyage doit être agréable. Je rejette l’approche: “un roman est comme un médicament, s’il fait un peu mal c’est bon signe.”

Je ne parle jamais de mon expérience à l’étranger dans mes romans. (Je raconte mon parcours en détails ici). Jamais de Suède, de voyages, de cultures. Et pourtant, les traces de cette expérience sont partout. Le regard marginal, l’accent sur certaines valeurs, l’importance d’avoir une identité claire et d’en être conscient.

Si mon livre n’est pas un plaisir, j’ai raté mon coup. Mais s’il ne reste pas en vous après en avoir fini la lecture, j’ai raté aussi.

Mon premier roman, Sonate en fou mineur, a été finaliste au prix de la relève Archambault.

On écrit pour créer les romans qu’on adorerait lire et qu’on n’arrive pas à trouver.”

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L’éloignement mène à la proximité. Le particulier mène à l’universel.”

C’est en se noyant dans une autre culture qu’on touche à ses racines.”

Lire un bon roman, c’est voir le monde à travers les yeux d’un autre. L’espace d’une histoire, on devient psychopathe ou sorcier, kapo nazi, juif persécuté, lesbienne malheureuse ou prêtre sadique. Ça aide à comprendre les autres. L’intelligence est un muscle et lire en augmente la force.”