Vous aimez les histoires? Voici la mienne

Je suis né à Montréal, l’aîné d’une famille de trois. J’ai appris à parler étrangement tôt, paraît-il, mais il y avait un problème : personne ne me comprenait. Encore aujourd’hui, je souffre de ce handicap, qui est réapparu à mon adolescence pour ne plus me lâcher : parce que j’étais timide, je me suis habitué à parler en me dépêchant. Je saute des syllabes, je raccourcis des mots, je colle ensemble ce qui reste et ça produit une bouillie verbale pas très efficace pour la communication. C’est la manière dont je parle aujourd’hui, sans le réaliser, sans pouvoir m’en empêcher, et même quand je suis parfaitement à l’aise.

J’adorais lire et, vers quinze ans, j’ai décidé d’être écrivain. J’ignorais comment procéder mais ce n’était pas important : je me suis jeté dans l’écriture comme on se jette dans l’océan. Rendu au cégep, j’écrivais sans arrêt et je ne parlais à personne. Ma timidité empirait. Muni d’un budget d’une vingtaine de dollars, j’ai pondu plusieurs romans dans la bibliothèque du cégep Maisonneuve. Ils avaient un point commun : la nullité. C’était du travail d’amateur et je le savais. Ça ressemblait à un bon roman autant que de l’eau colorée ressemble à un café. J’ignorais comment faire mieux.

Je n’arrivais pas à faire coïncider ma vie et les livres que j’aimais. Mon univers littéraire, de Martin Eden à Dix petits nègres, ne correspondait pas à mon univers physique : les tempêtes de neige, le hockey dans l’entrée de garage, l’Halloween, les vacances dans le Maine ou au mont Tremblant, les repas dans la maison de campagne de ma grand-mère, avec mes oncles et mes tantes qui se racontaient des histoires pendant des heures.

Je ne me reconnaissais pas dans la littérature québécoise, qui me semblait souvent très « amateur ». Les romans québécois étaient écrits par des gens brillants. Ils avaient leurs bons moments, mais le résultat ne fonctionnait pas. C’était comme une maison construite sans plan. Elle avait tout d’une maison, mais le toit coulait, les fenêtres ne fermaient pas, le vent traversait les murs et les planchers s’inclinaient.