Vous aimez les histoires? Voici la mienne (suite)

En entrant à l’université, et comme je n’arrivais à rien avec l’écriture, je me suis inscrit à l’école Polytechnique. Mon dernier travail était en train de s’imprimer tandis que mes parents me conduisaient à l’aéroport, direction Maribor, Yougoslavie, pour un stage d’un été. Le pays était encore communiste. Tout allait exploser, mais un an plus tard, et je me suis concentré sur l’exploration touristique et sur le vin à un dollar la bouteille. Des étudiants de toute l’Europe se trouvaient là, dont une très charmante Suédoise. Après avoir prolongé mon stage sous l’influence de la très charmante Suédoise, j’ai visité l’Europe comme prévu, mais en terminant par Stockholm, ce qui n’était pas du tout prévu, où j’ai été accueilli par la très charmante Suédoise.

Je ne connaissais rien de la Suède et n’étais pas du tout préparé à ce que j’allais vivre.

D’abord, j’étais très seul. Ça s’était bien passé avec les Suédois que j’avais rencontré en Yougoslavie. Ça se passait mal maintenant que j’habitais là-bas.

Pour la première fois de ma vie, je rencontrais des gens spontanément hostiles à mon égard. Et ce n’était pas rare.

Avec d’autres, un phénomène très étrange se produisait. Je devenais comme transparent. Beaucoup ne me voyaient pas et, si je leur parlais, ils semblaient se demander pourquoi. Manifestement, ils n’avaient pas envie de me fréquenter et je ne comprenais pas pourquoi. Qu’est-ce que je faisais de mal?

Ces expériences me déprimaient. Plus j’essayais de briser la solitude, plus je me sentais seul.

En décembre, le soleil se levait un peu avant 9 heures et se couchait vers 14h50. Même à midi, il n’était pas haut dans le ciel. L’hiver était d’autant plus sombre qu’il pleuvait beaucoup. La neige est rare à Stockholm.

J’ai essayé de meubler le vide de ma vie par l’écriture. Ça n’a pas fonctionné. Peut-être parce que j’étais désorienté et malheureux, j’écrivais encore plus mal qu’avant. Et personne ne pouvait me lire. Ma très charmante Suédoise ne parlait pas français à ce moment.

Toute la culture suédoise m’étonnait. Les valeurs, les traditions, le comportement des gens. J’étais perdu, je ne comprenais rien.

J’ai passé un an sans parler ma langue. Le Québec a commencé à me manquer horriblement. Je me réveillais la nuit, en pensant à la sauce du Laurier BBQ et aux façades de briques de Montréal.

J’ai fini par comprendre ce que personne n’osait m’expliquer. Certains Suédois méprisent les étrangers. D’où le dédain spontané que je rencontrais un peu partout. Si plusieurs gars de mon âge étaient parmi les pires, c’est qu’ils n’apprécient pas trop qu’un Canadien ait séduit l’une des leurs. Et je les décodais mal. Se faire des amis, comme me l’expliquera plus tard une prof de suédois, prend des années. Même les gens qui essaient d’être sympathiques le font d’une manière qui nous semble distante.