Vous aimez les histoires? Voici la mienne (suite)

Ma timidité était grande et au secondaire je me suis refermé sur moi-même. En plus de la lecture, j’étais passionné par les mathématiques et je ne savais pas quoi choisir entre les lettres et les sciences. Vers quinze ans, j’ai décidé d’être écrivain. J’ignorais comment faire mais ce n’était pas important : je me suis jeté dans l’écriture comme on se jette dans l’océan. À partir de ce moment, j’ai commencé à noircir du papier, presque toujours en écoutant de la musique, tandis que je m’isolais de plus en plus.

Rendu au cégep, j’écrivais sans arrêt et je ne parlais à personne. Muni d’un budget d’une vingtaine de dollars, j’ai pondu plusieurs romans dans la bibliothèque du cégep Maisonneuve. Ils avaient un point commun : la nullité. C’était du travail d’amateur et je le savais. Ça ressemblait à un bon roman autant que de l’eau colorée ressemble à un café. J’ignorais comment faire mieux.

J’avais du talent, mais aucun contrôle dessus. Mon talent était un enfant gâté qui surgissait quand il en avait envie, c’est-à-dire pas souvent. Il apparaissait dans une phrase, me tirait la langue, et disparaissait les cinq pages suivantes. Mes textes étaient des montagnes russes.

Je n’arrivais pas à faire coïncider ma vie et les livres que j’aimais. Mon univers littéraire, de Martin Eden à Dix petits nègres, ne correspondait pas à mon univers physique : les tempêtes de neige, le hockey dans l’entrée de garage, l’Halloween, les vacances dans le Maine ou au mont Tremblant, les repas dans la maison de campagne de ma grand-mère, avec mes oncles et mes tantes qui se racontaient des histoires pendant des heures.

Je ne me reconnaissais pas dans la littérature québécoise, qui me semblait souvent très « amateur ». Les romans québécois étaient écrits par des gens brillants. Ils avaient leurs bons moments, mais le résultat ne fonctionnait pas. C’était comme une maison construite sans plan. Elle avait tout d’une maison, mais le toit coulait, les fenêtres ne fermaient pas, le vent traversait les murs et les planchers s’inclinaient.