Les meilleurs polars québécois

Avertissement: c’est une liste personnelle et je suis très loin de tous les avoir lus. Si vous voulez me suggérer un livre à ajouter (je le lirai d’abord), écrivez-moi à partir de la boîte “contact”.

1- Nébulosité croissante en fin de journée, Jacques Côté (Alire)

Un roman qui m’a jeté sur le cul dès le premier chapitre, avec son réalisme étonnant et la violence latente qu’on sent chez le personnage principal. La ville de Québec de l’été 76 est merveilleusement décrite et la lecture a été pour moi un agréable voyage dans le temps. Les personnages sont attachants et remplis de caractère. Mention spéciale aux dialogues très bien rendus, surtout pour les personnages qui parlent mal. Ils parlent mal de la bonne façon! On sent vraiment le Québec dans ce livre et c’est ce qui fait son charme.

2- La bataille de Pavie, André Jacques (Druide)

Plus un roman d’aventures policières qu’un polar en tant que tel. Ça roule comme une BD, c’est amusant comme une BD, superficiel comme une BD… et pourtant une certaine profondeur finit par être atteinte avec le personnage de Pavie, fille-surprise de notre héros bien imparfait. Un excellent divertissement.

3- Le cri du cerf, Johanne Seymour (Libre Expression)

Le cauchemar d’une policière étranglée par son passé et prisonnière d’une enquête qui le ramène à la surface. Malgré ses nombreuses erreurs, on s’attache à Kate, la policière, car on comprend qu’elle est poussée à bout par la souffrance. Le début est particulièrement réussi. L’auteure utilise magnifiquement le passé des personnages (qu’on découvre au cours de la lecture) pour créer de la tension et des conflits. Le mystère du drame vécu par Kate ajoute beaucoup de suspense dans ce thriller efficace et surprenant.

4- L’affaire myosotis, Luc Chartrand (Québec/Amérique)

Roman policier, oui, mais surtout, thriller international qui nous amène dans l’univers moralement douteux d’Israël et de la bande de Gaza, endroits que l’auteur semble connaître comme sa poche.

C’est un plaisir extraordinaire de voir un personnage québécois réaliste dans un environnement international tout aussi réaliste.

L’auteur nous présente une galerie de personnages, tous différents les uns des autres, tous crédibles, tous parfaitement dessinés en quelques paragraphes (il a un don pour ça), dans une suite de scènes rapides.

Le résultat : un thriller excitant, intelligent, et la découverte d’Israël et de la bande de Gaza en prime

5- En plein cœur (Nature morte), Louise Penny (Flammarion Québec)

Visite très agréable dans l’univers chaleureux de Three Pines, village fictif des Cantons-de-l’Est, rempli de personnages colorés et sympathiques et de quelques autres plus répugnants. On a envie d’y déménager… ou de lire les autres romans de la série. L’histoire est originale et bien construite, avec des revirements inattendus qui ajoutent beaucoup de suspense.

Le roman nous met en présence d’un mélange d’anglophones et de francophones, ce qui produit un effet assez comique. Les personnages francophones, à commencer par le détective Armand Gamache, héros de la série, n’ont de francophone que leur nom. Ce sont des Anglos à 100%.

Gamache porte une casquette de tweed, boit du scotch comme apéritif, sa femme s’appelle Reine-Marie, il cite un verset de la bible pour passer une leçon (Mathieu, chapitre 10, verset 36), pense qu’Outremont abrite « l’élite intellectuelle et politique du Québec français ». Lorsqu’il se rappelle d’articles de journaux qu’il a lus, c’était dans la Gazette, et je pourrais continuer longtemps.

C’est la même chose pour tous les francophones du roman. Le plus frappant est dans leur psychologie, même si c’est plus difficile à expliquer. La manière de réagir de Gamache n’est pas celle d’un Québécois francophone. Il est froid et guindé, réservé, respectueux… Ce qui ne l’empêche pas d’être un homme merveilleux que tous voudraient avoir comme ami.

On est loin des policiers francophones hyper-réalistes de « Nébulosité croissante en fin de journée », « Je me souviens » ou de la série « Dictrict 31 ».

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, ça ajoute un intérêt supplémentaire au roman. Une fois qu’on fait l’ajustement « le roman présente la vision d’une Anglo », ça fait réfléchir aux différences culturelles énormes qui nous séparent. Involontairement, ça démontre que le Québec est une société distincte…

D’ailleurs, il vaut mieux lire le roman dans la traduction française, car lorsque les personnages parlent français dans la version originale, ça semble traduit par Google translate.

6- Sang d’encre, Laurent Chabin (Hurtubise)

L’inclusion (pour ne pas dire l’intrusion) d’un roman pour adolescents dans cette liste a de quoi surprendre. Mais je viens de le relire avec beaucoup de plaisir, ainsi que les trois autres mettant en scène l’écrivain Louis Ferdine : Série grise, Partie double et Vengeances.

Même si ces romans sont avant tout destinés aux adolescents, à peu près tous les personnages sont des adultes, agissent comme des adultes et les thèmes traités sont aussi adultes que le reste.

Ces livres mettent en scène l’écrivain Louis Ferdine, qui est comme Chabin un auteur de polars d’origine française qui habite Calgary (Chabin a fini par déménager au Québec). On espère que la ressemblance s’arrête là, car Ferdine n’a pas la moindre imagination, est anxieux, plutôt lent d’esprit, se lamente continuellement et s’il habite Calgary, c’est parce qu’il ne parle pas anglais. Il trouve reposant de ne rien comprendre.

Les histoires qui s’abattent sur Ferdine nous changent agréablement de la plupart des polars actuels, qui sont très souvent, extrêmement souvent, une variation sur le thème de l’équipe policière au travail. Sang d’encre est basé sur un très intéressant trio : l’écrivain et deux autres personnages dont je vais taire l’identité pour ne rien divulgâcher.

Lire ces romans, c’est embarquer sur l’autoroute Chabin. On a l’impression d’être à bord d’un camion qui fonce à 150 km à l’heure.

Vengeances, le quatrième roman de la série, ramène Ferdine dans son village natal, qui est aussi celui de Chabin. Encore une fois, on espère que la ressemblance n’est pas trop forte, même si j’ai adoré mon excursion dans l’intimité de ce village pas très hospitalier.

7- Je me souviens, Martin Michaud (Goélette)

Un roman ambitieux, qui n’a rien à envier aux meilleures séries internationales, rempli d’action et de personnages savoureux (la coéquipière du héros, Jacinthe Taillon, est quelque chose!), et qui m’a un peu rappelé les œuvres du Danois Jussi Adler-Olsen.

8- Les clefs du silence, Jean Lemieux (Québec Amérique)

Un solide roman sur les thèmes de la paternité, de la corruption et du FLQ, et dont la lecture devient de plus en plus excitante à mesure qu’on avance.

9- Adieu Mignonne (Red Light #1), Marie-Eve Bourassa (VLB)

Dans un cadre fabuleux (le quartier mal famé du Montréal des années 20, avec ses bordels, prostituées, fumeries d’opium et bars louches), une intrigue assez classique menée par un policier infirme depuis la grande guerre et devenu opiomane.

10- Derniers pas vers l’enfer, Maxime Houde (Alire)