SONATE EN FOU MINEUR

roman

« J’ignorais encore que critiquer un psychiatre était l’un des signes les plus clair
de maladie mentale, selon certains psychiatres du moins… »

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Dans un asile psychiatrique à sécurité maximum, deux personnes se rencontrent. La vie de chacun est bloquée par un problème qu’il n’arrive pas à résoudre.

Sonate en fou mineur raconte la naissance de leur amitié, leur entraide, et l’apparition d’un fléau dans leur vie.

Ce fléau finira par leur procurer ce dont ils ont besoin.

Voici un roman où les récits s’emboîtent et qui mêle l’humour au drame, une histoire prenante mais écrite avec rigueur.

Sonate en fou mineur a été finaliste au prix de la relève Archambault.

 

Composer est comme un match de boxe, voyez-vous. On ne peut pas commencer à se battre avant le temps, ça ne sert à rien. L’important est de monter dans le ring avec la bonne préparation.

* * *

Ils cherchent des gardiens ?
– Je sais pas. Mais c’est pas tout le monde qui est capable de ça. Travailler à l’institut, c’est dur pour les nerfs.

* * *

Pendant un instant, je me trouvai prisonnier d’un tout petit espace, comme dans une porte tournante qui se serait coincée.
La porte devant moi semblait assez épaisse pour résister à un bazooka. Lentement, elle s’ouvrit, et je pénétrai dans l’asile.

* * *

– Mais inquiétez-vous pas, dit l’homme en pressant le numéro quatre. Ça fait au moins dix mois qu’on n’a pas eu un accident sérieux.
– Un mort?
– Non, mais il a été pas mal magané. Ils lui ont mis des plaques d’acier dans le crâne. C’était un gardien, comme vous voulez être.

* * *

À l’arrêt d’autobus, la différence entre le cégep de Rosemont et un asile ne m’avait pas semblé importante, mais elle devenait de plus en plus claire à mesure que je m’enfonçais dans le bâtiment..

* * *

T’as pogné le jack pot, me dit Kiên. L’aile J, les schizophrènes dangereux. La pire section de l’hôpital. On n’est pas supposés mettre de nouveaux gardiens là. Laisse-les jamais sortir de leur chambre.
– Parce que je vais avoir les clefs?
– Oui, mais le règlement dit de ne jamais ouvrir avant que la sécurité soit arrivée, même s’ils sont en train de se suicider. Neuf fois sur dix, ils font semblant.
– Et la dixième?
– Dommage pour lui si la sécurité arrive pas vite.

* * *

Mais comment entendre leurs appels au secours sans les micros? Dans leur boîte de métal, ils étaient aussi isolés que des chenilles dans un pot. Disposaient-ils d’une sonnette? Kiên n’avait pas mentionné cela et je supposai que non.

* * *

« Où est-ce qu’il l’a mise, ta poupée ? »
Il recommença à pleurnicher. « Il l’a cachée dans la salle de jeu! J’ai peur. Je veux maman! Maman! Maman! »
J’eus une idée. « Voudrais-tu que je te raconte une histoire pour t’endormir? »
La figure chauve et ridée me regarda. C’était impossible qu’il se croie âgé de sept ans, et pourtant son visage était mouillé par les larmes.
« Non! Je veux ma poupée! »

* * *

« Moi, je m’appelle Tristan. » Il paraissait avoir seize ans, était chétif et petit, et portait le même pyjama orange que les autres. Derrière lui, je vis une chambre décorée avec des reproductions de tableau, et je me sentis revenir à la raison.

* * *

« Vous êtes compositeur de musique? Vous allez en composer ici? »
Il manifestait le même ravissement que lorsqu’il m’avait demandé si je connaissais l’art.

* * *

« Le jour où ils décideront que je ne suis pas malade, je pourrai sortir. Une signature sur un papier et mon statut changera,
les portes s’ouvriront et je pourrai partir d’ici. » Il s’émerveillait lui-même de la beauté de son histoire.

* * *

J’aurais pu dire « un ange », il n’aurait pas été plus ému. Philipson l’abruti était oublié. Il était revenu se coller à la vitre et me regardait de ses yeux agrandis. Bien sûr, les filles l’obsédaient, l’amour était ce qui lui manquait le plus.
« Qu’est-ce qu’elle faisait là? »

* * *

– Trinquons à ton extraordinaire premier mouvement, dit-elle.
– Extraordinaire ?
– Oui, extraordinaire. Rien de ce qui a été composé depuis trente ans n’égale cela. Et je connais la musique!

* * *

Elle se leva en vacillant. « La musique contemporaine n’est pas si populaire, comme tu le disais, mais le monde entier se passionnera pour la tienne. Ils ne pourront pas faire autrement! Tu es en train de découvrir quelque chose et tous les musiciens de la terre en bénéficieront. Maintenant, passons au dessert. Et sers-moi du champagne! »

* * *

« Ça veut dire quoi, qu’elle est prête à faire n’importe quoi pour te débloquer? Coucher avec toi? C’est ça, une muse? Une pute à compositeur? »

* * *

La voix devint sévère. « Il faut pas dire “malade”. Il faut dire “patient”.
– Est-ce qu’il y a des patients qui viennent ici?
– Non, c’est juste pour les docteurs. Le gardien est là pour les protéger. Voyez-vous, le grand rêve de beaucoup de patients est de tuer un docteur. C’est parce que c’est les docteurs qui ont le droit de les libérer s’ils les trouvent guéris, mais comme ils libèrent jamais personne, les patients sont un peu en calvince.

* * *

L’importance d’un individu dans une organisation se décèle souvent à la pièce où il travaille, je l’ai appris il y a longtemps. C’est plus fiable que lire les organigrammes. Le docteur Philipson travaillait dans une pièce immense avec un tapis épais, des meubles luxueux et beaucoup de lumière naturelle. Il était certainement l’une des puissances de l’hôpital.

* * *

– C’est une maladie. Certains de nos pensionnaires ont commis des actes barbares : meurtres, viols, certains ont même agressé leur médecin.